Pour une collaboration gagnante : favoriser la recherche interdisciplinaire

Pour une collaboration gagnante : favoriser la recherche interdisciplinaire

Le cas des chercheurs et médecins de l’ISSLS : barrières et perspectives pour une fertilisation croisée réciproque.

La collaboration interdisciplinaire est essentielle pour la recherche et ses retombées pratiques : mais comment faire communiquer deux systèmes aux priorités, cultures professionnelles et styles de communication différents ?

différents ? C’est ce qu’étudient Jacopo Vitale, responsable du centre de recherche DIMUSCHEL de l’Istituto Universitario Professionale Ludes et professeur associé en sciences du mouvement à l’Università eCampus, ainsi que Daniel Haschtmann, Hans-Joachim Wilke et Fabio Galbusera, à travers une étude consacrée aux chercheurs et médecins membres de l’International Society for the Study of the Lumbar Spine.

International Society for the Study of the Lumbar Spine (ISSLS). Les auteurs de l’étude supposent que, bien que les bénéfices d’une telle collaboration soient connus des deux parties, celle-ci soit rendue moins efficace…

efficace en raison de différences significatives dans la perception des priorités respectives, du manque de temps et des difficultés de communication : l’International Society for the Study of the Lumbar Spine, organisation multidisciplinaire dédiée à la recherche sur la santé du rachis, offre un cadre singulier pour l’analyse de la…

collaboration entre différentes disciplines intéressées par un même thème.

“L’ÉTUDE”

L’étude, menée en 2024 et publiée dans l’European Spine Journal, est la première enquête basée sur des questionnaires à s’intéresser à l’interdisciplinarité au sein des associations dédiées à la prise en charge de la colonne vertébrale. Elle s’est déroulée en deux phases, toutes deux constituées par la…

la distribution et la complétion de questionnaires. La première, un test pilote, a impliqué 8 parmi…

des médecins et chercheurs de l’International Society for the Study of the Lumbar Spine, dans le but d’affiner le questionnaire lui-même. La seconde phase a consisté en la distribution du questionnaire amélioré à l’ensemble des membres de l’International Society for the Study of the Lumbar Spine (382), avec une participation effective de 44 médecins et 36 chercheurs provenant de différentes régions du monde et avec

une prépondérance masculine (78,75 %). Le second questionnaire comprenait des questions portant sur les propres intérêts des répondants concernant la santé de la colonne vertébrale, leurs attentes vis-à-vis des intérêts réciproques et la collaboration entre les deux domaines disciplinaires.

RÉSULTATS

  • Fase 1

Le principal résultat est le constat quasi unanime d’un intérêt prédominant dans les deux groupes : la lombalgie (low back pain) (100,0 % des médecins et 93,0 % des chercheurs). La divergence réside dans les différentes déclinaisons de cet intérêt pour une même thématique, comme…

confirmé également par des études antérieures : en effet, si les médecins s’intéressent davantage aux aspects fondamentaux de la discipline, les chercheurs s’orientent plutôt vers ses applications. Par exemple, l’intérêt des

chercheurs pour la « biomécanique » a obtenu un ratio de validité de contenu (Content Validity Ratio), une unité de

mesure statistique utilisée pour quantifier le niveau d’accord entre experts) de 0,56 chez les chercheurs et de 0,23 chez les médecins et, inversement, le domaine des « fusions » a obtenu un résultat négatif de −0,33 chez les chercheurs et de 0,59 chez les médecins.

  • Fase 2

Les résultats de la deuxième phase confirment la réelle différence concernant les axes de pertinence : pour les

chercheurs, l’attention se concentre principalement sur des domaines tels que la « médecine régénérative et l’ingénierie tissulaire », pour 50 % d’entre eux, et, pour 41,7 %, la « douleur chronique et les facteurs

facteurs psychosociaux », contre ceux des médecins qui, pour les mêmes thèmes, s’établissent respectivement à 22,2 % et 17,8 %. Pour ces derniers, en revanche, des domaines tels que « l’IA et le machine learning appliqués à la santé de la colonne vertébrale » apparaissent comme plus pertinents (37,8 % des médecins contre 25 % des

chercheurs) ainsi que la « chirurgie peu invasive et robotisée » (31,1 % contre 2,8 % chez les chercheurs).

Un autre résultat significatif concerne les perceptions biaisées que les médecins et les chercheurs ont des intérêts réciproques : les premiers, par exemple, surestiment l’intérêt des chercheurs pour la

« chirurgie peu invasive et robotisée » et sous-estiment leur intérêt pour la « douleur chronique et les facteurs psychosociaux ». La perception des chercheurs concernant les intérêts des médecins, bien que reflétant davantage les intérêts réels de ces derniers, reste néanmoins désalignée : par exemple, pour ce qui concerne les mêmes domaines mentionnés ci-dessus, les chercheurs sous-estiment la pertinence de la

première et surestiment celle de la seconde.

Une autre partie du questionnaire examine enfin l’aspect de la collaboration : les deux parties reconnaissent l’existence d’occasions répétées d’interaction, perçues par les médecins comme plus irrégulières en termes de fréquence, et en évaluent positivement les effets sur leur travail.

Cependant, certaines difficultés émergent dans cette relation : les plus importantes concernent, pour les deux groupes, le manque de temps (86,1 % des chercheurs et 62,2 % des médecins) ainsi que les différences liées aux axes professionnels (47,2 % des chercheurs et 35,6 % des

médecins).

CONCLUSIONS ET PROSPECTIVES

L’étude montre que les chercheurs et les médecins ressentent fortement l’urgence d’améliorer la communication afin de favoriser la collaboration : l’objectif d’une meilleure

compréhension du travail réciproque et des domaines d’intérêt est en effet ce qui ressort lorsqu’on interroge ce que chaque partie recommande à l’autre pour combler ses lacunes respectives,

le 75 % des chercheurs suggérant la participation à des séminaires et conférences et 68,9 % des médecins le développement conjoint d’initiatives de recherche.

Ces derniers résultats, qui soulignent la nécessité et l’importance de favoriser la connaissance et la compréhension mutuelles, tout en mettant en évidence la disponibilité des médecins et des chercheurs,

fournissent des pistes essentielles pour, comme le souhaitent les auteurs de l’étude, réduire les distances entre les disciplines.

Martina Velli